Depuis l’enfance, Ingrid Blanchard est fascinée par l’île de Porquerolles, dans l’Hyères. En 2020, elle lance son podcast Fragîle Porquerolles, afin de donner la parole aux insulaires. Trois ans plus tard, le podcast compte presque 80 épisodes et deux nouvelles séries : Fragîle Port-Cros et Fragîle Levant. Ingrid Blanchard couvre désormais les trois territoires insulaires, les fameuses “îles d’or”… l’occasion de la questionner sur l’importance de la constitution de ce patrimoine sonore. Entretien.
Qu’est-ce qui vous a impulsé l’envie de lancer un podcast consacré à l’île de Porquerolles ?
IB - C’est avant tout mon attachement profond à cette île que j’ai découvert enfant avec mes parents et sur laquelle je reviens régulièrement depuis. Je pense que lorsqu’on a un territoire auquel on est attaché, on a envie d’en comprendre les contours, la géographie, l’histoire. C’est donc assez rapidement que je suis allée à la rencontre des porquerollais afin de recueillir leur histoire.

Ingrid Blanchard, mordue de Porquerolles, s’engage pour faire découvrir l’île et ses enjeux. © D.R.
Pourquoi avoir choisi le format du portrait sonore ?
IB -Je travaille parallèlement dans l’univers de la radio, à la RCF (Radio Chrétienne Francophone) et je crois particulièrement à la force de la parole, c’est quelque chose de très puissant. Donner à entendre ces parcours d’insulaires, leur faire raconter leur île, pourquoi et comment ils sont arrivés là, ça donne une dimension émotionnelle supplémentaire. On n’est pas sur le divan d’un psychanalyste mais presque ! Les interviewés se dévoilent, se confient à cœur ouvert. Le podcast permet cela. Avec la caméra, il y a toujours une réserve, alors que le micro, lui, s’oublie vite. On est vraiment dans le média de l’intime. Cela permet une approche sensible sur des sujets souvent de niche comme celui-ci.
Après avoir sillonné Porquerolles, Port-Cros et désormais Le Levant, relevez-vous des points communs entre les témoignages ?
IB -Ce que je vois se dessiner, maintenant que j’ai parcouru les trois territoires insulaires, c’est qu’il y a des thématiques qui sont communes. À savoir, les enjeux écologiques qui sont constantes sur les trois îles. Par exemple, pour Porquerolles et Port-Cros, qui sont des cœurs de parcs nationaux, les problématiques autour de la biodiversité sont très importantes. Il y a aussi des problématiques sociales et sociétales, car ce sont des territoires où il y a une importante menace qui pèse sur les services publics. Prenons par exemple Porquerolles, qui est la dernière île à avoir encore une école, après que celles de Port-Cros et du Levant aient fermé. Ce qui pose également la question du renouvellement des populations sur ces territoires. Et enfin, il y a des problématiques économiques car ces îles connaissent une grande fréquentation au moment de la période estivale. Il faut donc réussir à trouver un équilibre entre un tourisme raisonné, l’écologie et l’économie locale.



Et à l’inverse, y a-t-il des différences notables entre les trois îles ?
IB -Bien sûr, chacune a sa particularité. Tout d’abord, Porquerolles se distingue par la beauté et la diversité de son paysage. Elle est décrite comme l’île paradisiaque. Elle est aussi beaucoup plus grande que les deux autres îles et draine le plus grand nombre de touristes. Sa proximité avec le continent la rendant davantage accessible. Pour ce qui est de Port-Cros, c’est l’île sauvage, un éperon rocheux, une large forêt plantée dans la mer. Elle est beaucoup plus rude à vivre à l’année et, en même temps, c’est une île qui porte un héritage littéraire très important puisque Jean Paulhan, fondateur de la Nouvelle Revue Française, est venu s’installer ici dans les années 1930. Enfin, Le Levant est une île naturiste et militaire. On ne peut pas faire plus contrasté (rires). C’est une ile très minérale, solaire, qui dégage une forme d’énergie assez étonnante, qu’on ne retrouve pas sur les deux autres. Chacune des trois îles a son identité. Sur des territoires si proches, trouver une telle diversité, c’est assez rare.
Comment le podcast est-il reçu par les locaux ?
IB -Le podcast fête ses trois ans ce mois-ci, et ce que je constate dans les retours que j’ai pu avoir, c’est que les habitants sont extrêmement reconnaissants du travail qui est réalisé. Avec le podcast, je ne suis pas dans une démarche journalistique, ce qui m’intéresse c’est vraiment de recueillir une mémoire qui va disparaître si elle n’est pas captée. Les insulaires sont sensibles au patrimoine sonore et ce qui me touche c’est qu’il y a des jeunes qui écoutent la parole de leurs aïeux. C’est un moyen pour eux de découvrir énormément de choses sur leur île. Ce qui est rigolo aussi, c’est que ces habitants se croisent tous les jours sans nécessairement se connaître et le podcast leur permet de se découvrir entre eux. C’est très touchant.
FRAGÎLE est un podcast bi-mensuel réalisé par Ingrid Blanchard.