Quand je l’ai reçue la première fois, j’étais fraîchement sortie de mon école. Cela faisait quelques mois que j’avais rejoint une grande rédaction. Elle m’attendait dans ma boîte aux lettres. J’étais folle de bonheur. On a sabré le champagne. J’avais 23 ans, et la sensation d’être arrivée pile là où je voulais : j’étais journaliste. Cette carte de presse, c’était une reconnaissance. Du monde du travail, de ma curiosité, de mon envie d’être témoin de tout ce qui se passait. Vis-à-vis de ma famille et du monde extérieur, c’était une fierté, mieux, un faire-valoir ! Je voyais bien dans les yeux des autres qu’être journaliste, ça voulait dire que je ne racontais pas n’importe quoi, j’étais forcément “informée”, forcément “au courant”. Le temps a filé, les rédactions se sont enchaînées. Au bout de 15 ans, je me suis retrouvée à être le témoin d’un monde que je racontais au micro… enfermée entre quatre murs. Je racontais ce qu’on me racontait. Il y a cinq ans, j’ai pris mon micro sous le bras, et je suis allée faire ce qui n’intéressait aucune rédaction : du reportage animalier sonore. Depuis, j’ai sorti 150 épisodes, j’ai rencontré des dizaines de guides, de naturalistes, d’animateurs nature, qui passent leur temps à observer le ciel avec leurs jumelles, et à scruter les arbres, les forêts, les animaux. Ils m’ont tout raconté sur le monde qui nous entoure et qu’on ne soupçonne pas. À leurs côtés, je me suis sentie plus journaliste que jamais. Petit à petit, j’ai quitté les rédactions pour ne faire plus que ça. En cinq ans, j’ai emmené des centaines d’écoliers en reportage avec moi pour transmettre ma passion pour les animaux, pour la nature. Mes épisodes ont été téléchargés plus d’un million et demi de fois par des enfants qui, comme moi, avec moi, s’émerveillent devant le monde animalier. Cette année, pour la première fois, ma carte de presse n’a pas été renouvelée. Je n’ai rien reçu dans la boîte aux lettres. Je n’ai plus l’accès gratuit aux musées et je n’ai plus d’abattement sur ma feuille d’impôts.
[…]