Lancé en 2019, le podcast “Cerno” a franchi, ce dimanche 26 mars, la barre du 100ème épisode. Menée par Julien Cernobori, cette anti-enquête a débuté après que ce dernier ait découvert que Jean-Thierry Mathurin, complice du tueur en série Thierry Paulin, avait vécu dans son immeuble. Depuis 4 ans, ce podcast explore toutes les pistes imaginables et est loin de toucher à sa fin. L’occasion de poser quelques questions à Julien Cernobori.

En 2019, lorsque vous avez décidé de mener votre contre-enquête, pourquoi avoir choisi le format podcast ?
JC - C’était un projet que je n’aurais jamais pu vendre à la radio. Je n’avais pas de nombre d’épisodes définis, ni de durée, j’avais un point de départ mais pas d’arrivée… C’était un projet très incertain. Il n’y a que le podcast qui peut permettre ça. Puis, la question ne s’est pas réellement posée pour moi car j’étais déjà podcasteur.

Qu’est-ce qui rend Cerno unique en son genre ?
JC - Cerno, j’appelle ça une « anti-enquête ». Je ne vais pas enquêter comme on l’entend traditionnellement, en essayant d’interviewer directement les protagonistes de l’histoire ou en cherchant les archives et les pièces du dossier. Je fais tout cela aussi bien sûr, mais je tiens plutôt à prendre le temps, à me laisser guider par ce que je trouve. Je pars micro ouvert et dès que je rencontre quelqu’un je discute avec lui. Peut-être que ces récits racontent aussi quelque chose de l’affaire criminelle. C’est une autre version de l’enquête, beaucoup plus lente.

Qu’est-ce qui, selon vous, a permis à votre podcast d’atteindre les 4 millions téléchargements ?
JC - D’abord, je travaille beaucoup sur la réalisation, la mise en forme, le montage, les musiques. J’essaye de transmettre cette qualité d’écoute aux auditeurs. Puis, c’est un format inédit. À la fois, les auditeurs sont friands d’affaires criminelles et en même temps, le récit dessine un portrait de la société française aujourd’hui et celle des années 80. De plus, souvent comme quand on suit une enquête, les gens s’identifient à l’enquêteur. Avec Cerno, les auditeurs se sont intéressés à ma démarche, mon cheminement. Ils sont partis avec moi. C’est une histoire qui est en roue libre, qui ne se termine pas, il y a toujours un nouvel élément qui arrive.

Photo : Julien Cernobori

Dans quelle mesure le podcast a-t-il évolué depuis son lancement ?
JC - À l’origine, j’avais imaginé me rendre sur les vingt-et-un lieux de crime des victimes répertoriées. J’en ai visité dix, puis le confinement est arrivé. Je ne pouvais plus me déplacer. C’est aussi à ce moment-là que les auditeurs ont commencé à me contacter en me disant qu’ils avaient connu le tueur ou une victime… Je n’avais pas imaginé qu’autant de personnes m’écoutent et me suivent dans l’enquête, y participent même. Beaucoup me donnent des éléments et ça génère des coïncidences, des hasards. Presque tous les jours, quelqu’un me contacte pour me donner des pistes. Donc il y a cette dimension participative que je n’avais pas prévue, mais que j’apprécie beaucoup.

Vous venez de sortir le 100ème épisode. Une fois arrivé là, vous estimez que ça valait le coup de se lancer dans cette enquête ?
JC - Oui ça vaut le coup ! Déjà parce que d’un point de vue journalistique c’était comme une expérimentation. J’avais un point de départ mais pas d’arrivée. Et pourtant, je vois que ça marche toujours, que ça continue de s’alimenter, qu’il y a de plus en plus de pistes à explorer. Avant c’était à moi d’aller vers le monde et là c’est un peu le monde qui vient à moi.

À quoi peut-on s’attendre pour la suite ?
JC - Je ne peux pas savoir ce qui va se passer, je suis complètement dans les bras du hasard.