Excitation, bouillonnement, et vertige. Voici ce que m’évoque la creator economy. Vous savez, celle dans laquelle vous évoluez, cher lecteur, en tant que podcasteur, créateur de contenus, ou observateur. En 15 ans de médias à différents postes, j’en ai connu des ruptures et des révolutions, mais aucune aussi profonde que celle-ci. Rendez-vous compte : ils ne sont ni journalistes ni des professionnels des médias, ils ont développé une expertise et des compétences dans un secteur particulier, ils ont le talent de savoir partager leurs connaissances et fédérer une communauté autour de leurs sujets de prédilection, et certains sont devenus progressivement plus puissants que certains médias installés depuis 20 ou 30 ans dans le paysage. Une mue qui n’épargne pas non plus les médias traditionnels, un secteur dans lequel les incarnants, les individus, sont plus puissants que les médias dans lesquels ils évoluent. Yann Barthès est passé de Canal à TMC sans encombre, il pourrait demain se retrouver sur Arte sans perdre un point d’audience. Les Français suivent des personnalités singulières, s’attachent à un ton bien plus qu’à un média. Font confiance à des individus plutôt qu’à des institutions, et mettent le fond au-dessus de la forme. Quant au podcast, spécifiquement, son succès actuel s’explique aussi par la fuite en avant des réseaux sociaux : toujours plus vite, toujours plus court, toujours plus noir ou blanc, toujours plus, tout simplement. Le podcast en est leur exact opposé. La creator economy est aussi celle de la fin des carcans. Thibault Louis disait au micro de mon podcast Follow Me que nous n’avons plus besoin de “demander l’autorisation” ou connaître la bonne personne pour que notre voix porte dans les médias. Les médias, c’est nous. Chacun de nous. Et si ce mouvement ne concernait à ses débuts que quelques secteurs (mode, jeux vidéo, tech…), il s’étend désormais à tous les secteurs d’activité. J’ai reçu un tiktokeur qui fédère près de 400 000 abonnés autour… de tutos Excel ! La creator economy s’installe profondément et durablement dans les habitudes des Français.

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