Avec “Révolution Philosophique”, Laurence Devillairs redonne souffle, voix et puissance à la pensée. Dans ce nouveau podcast, elle défend une philosophie vivante, accessible, révolutionnaire — capable de nous réapprendre à penser, à résister, à être tendres dans un monde souvent dur.
Ce projet de podcast est né d’une proposition des éditions PUF, Laurence Devillairs a accepté ce défi avec enthousiasme, tout en veillant à garder un ton rigoureux mais vivant, évitant à la fois l’excès de sérieux académique et la simplification outrancière. Le but était de trouver cet équilibre, pour que la philosophie soit à la fois profonde et accueillante.
Laurence Devillairs n’a pas attendu de connaître le mot “philosophie” pour commencer à penser philosophiquement. L’un de ses premiers souvenirs remonte à l’âge de 15 ans, lorsqu’elle lit Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche. Elle ne comprend pas tout, mais la langue la bouleverse, comme étrangère et pourtant familière. Ce choc intense, cette secousse intérieure, marque sa première rencontre avec la philosophie, avant même de savoir qu’elle portait ce nom.
Avec son podcast Révolution philosophique, elle choisit de redonner à cette pensée toute sa vivacité, en renouant avec la parole et l’oralité. En 12 épisodes de 12 minutes, elle présente 16 philosophes choisis pour leur capacité à bouleverser notre manière de penser :
Ce sont des philosophes qui ont introduit des révolutions. Avant eux, on ne pensait pas de la même manière.
Mais au-delà de l’exigence intellectuelle, ce choix est aussi une affaire de goût.
Avant de chercher du sens, il faut trouver du goût. Le goût de vivre, de penser, de parler, de rencontrer les autres.
Pour elle, la philosophie n’est pas une matière morte : elle est vivante, elle pulse, elle saisit. Elle invite ainsi à écouter les philosophes, même sans tout comprendre.
La peur ne pense pas. Et Hegel disait : ne pas comprendre fait partie du fait de comprendre.
Dans une époque saturée d’explications prémâchées, elle défend la beauté du mystère, l’ouverture du questionnement, la saveur d’un texte qui résiste.
Son ambition n’est pas de vulgariser la philosophie, mais d’en être une passeuse. Son critère, c’est la clarté, pas la simplification. Elle évoque même une contrainte formatrice : celle de condenser en 12 minutes l’essentiel « la substantifique moelle », ce qui peut tenir dans une poche comme le Manuel d’Épictète, que les Stoïciens portaient sur eux pour s’y référer à tout moment.
Elle revendique une philosophie anti-manuel, une parole en train de naître. Une pensée vivante, libre, qui ne cherche pas à faire école mais à faire résonner. La philosophie, dit-elle, est orale : elle naît dans la parole, dans l’écoute, dans la voix. Et à ce titre, le podcast est un support privilégié. Il fait revivre la philosophie comme dialogue, comme souffle, comme présence. Trop souvent, la philosophie est enseignée comme une langue morte, réduite à des concepts, figée en doctrines.
La révolution philosophique qu’elle propose est un retour au sens, un refus de l’automatisme.
La philosophie est révolutionnaire parce qu’elle veut remettre du sens là où ça ne pense plus. Penser, c’est commencer à résister. C’est là que commence la révolution : dans l’esprit.
Pour Laurence Devillairs, la philosophie n’est pas un discours abstrait réservé à une élite. Elle est un geste de liberté. Et elle peut naître partout : dans un mot, un tableau, une série. Si les philosophes ont historiquement redouté l’image « l’image ne pense pas, elle frappe » — elle, elle y croit. Elle rêve de mini-séries philosophiques, de formats audiovisuels qui feraient entendre la pensée autrement. Elle a d’ailleurs proposé des visites philosophiques au musée d’Orsay.
Et surtout, elle rappelle que le vrai pouvoir n’est pas dans la domination, mais dans la douceur.
Le vrai pouvoir, ce n’est pas celui des tyrans, c’est celui de la gentillesse. C’est une philosophie du lien, de l’attention, du soin. Une pensée profondément humaine, qui refuse l’arrogance et préfère le partage. Moi, philosophe, voilà ma philosophie. Dit-elle.
Des inspirations fortes
Quand on lui demande si un épisode la touche plus particulièrement, Laurence Devillairs répond sans hésiter : tous la touchent. Chaque épisode a accompagné sa vie, l’a nourrie, l’accompagne encore. Ses textes sont usés, en lambeaux, tant elle les a relus, apprivoisés, fait siens.
Quant à ses inspirations audio, elle cite Daniel Arasse, grand historien de l’art, comme un modèle. Bien qu’il n’ait pas parlé directement de philosophie, ses émissions passionnées sur France Culture, qu’elle a écoutées des dizaines de fois, lui ont donné envie de créer un podcast avec cette même intensité et cette clarté. Son approche rigoureuse, son amour du détail et de la beauté sont un exemple pour elle.
Parmi tous les philosophes évoqués dans ses ateliers sonores, Laurence Devillairs se sent particulièrement en harmonie avec Descartes. Elle aime ses outils, sa manière d’écrire, et rêverait de le rencontrer. Mais elle confie aussi une tendresse particulière pour Camus et cela bien avant qu’il ne redevienne à la mode. À l’époque où l’on enseignait surtout Sartre, elle, déjà, lisait Noces et L’Été, deux livres qu’elle considère comme des miracles d’écriture. Ils lui parlent profondément, notamment parce qu’ils évoquent la mer, la lumière, la nage : des éléments qui résonnent en elle avec force.
Une figure contemporaine
Interrogée sur les philosophes modernes qui l’inspirent, Laurence Devillairs commence par rappeler que pour les historiens, la modernité renvoie au XVIIe siècle. À ce titre, elle se considère comme une « moderniste », spécialiste passionnée de Descartes et Pascal, ses figures de prédilection.
Mais si l’on entend par « moderne » un penseur contemporain, elle cite Hans Blumenberg. Philosophe allemand peu connu en France, il l’a marquée par sa pensée originale. Rescapé des persécutions nazies, Blumenberg développe une philosophie exigeante et poétique. Il soutient notamment que les métaphores et les images peuvent exprimer ce que les concepts ne parviennent pas à dire. Par exemple, l’image du naufrage serait parfois plus éloquente que bien des discours philosophiques.
Blumenberg l’a aussi touchée par sa capacité à relier philosophie et évolution humaine, en intégrant même la préhistoire à la réflexion. C’est un auteur difficile d’accès, mais d’une rare puissance. Elle a tenu à lui consacrer un épisode de son podcast, heureuse qu’on lui ait laissé cette liberté.
Elle aime aussi la “punk philosophie”, celle qui frappe fort, qui bouscule les conventions. Elle admire Diogène, qui entrait dans le théâtre quand tout le monde en sortait, revendiquant sa présence philosophique contre le conformisme. Pour Laurence Devillairs, cette philosophie-là, qui pense notre époque et décode l’air du temps, est essentielle. Elle vise à déconstruire les idées reçues, tout en sachant aussi valoriser ce qu’il y a de bon dans notre époque.
Une dimension audiovisuelle
Lors de notre entretien, Laurence Devillairs a été invitée à imaginer une utopie : un dernier épisode de podcast, un ultime enregistrement consacré à une seule idée à transmettre. Sans hésiter, elle a choisi pour titre « Ma philosophie ». Ce titre, incarne à ses yeux ce qu’elle aurait souhaité offrir comme ultime partage, une synthèse intime et personnelle de sa pensée. Elle a également exprimé son souhait que chacun puisse créer son propre podcast philosophique, une invitation à ce que la réflexion se décline à travers les voix et les visions de tous.
Laurence Devillairs souhaite moderniser la diffusion de la philosophie en privilégiant les formats audiovisuels. Après des années dans l’écriture et l’édition, elle veut exploiter pleinement le potentiel du son et de l’image, car la philosophie, riche en images et métaphores, gagne à être mise en scène visuellement. Elle imagine des formats courts et dynamiques, comme des capsules de trois minutes, pour rendre les idées philosophiques accessibles et percutantes. Son projet inclut un appel à créations innovantes, visant à renouveler la manière dont la philosophie touche un public plus large, en phase avec les modes de communication actuels.
Pour conclure, et résumer sa vision en une seule phrase, complétant la formule « Révolution philosophique, c’est… », elle a répondu simplement :
Moi je suis, donc je pense aussi.
Une réponse qui illustre sa conviction profonde : la philosophie doit partir de l’existence individuelle, et s’exprimer dans une forme qui soit à la fois authentique et accessible. C’est à travers ce prisme audiovisuel, qu’elle considère comme une révolution nécessaire, que Laurence Devillairs souhaite voir la philosophie s’épanouir et toucher de nouveaux horizons.
Pour écouter le podcast :