Le groupe audiovisuel français StudioFact Media Group annonçait au mois d’octobre le lancement de StudioFact Audio. Aujourd’hui, cette nouvelle branche podcast diffuse sa première production : Jour Noir de Sikou Niakate. Entretien avec l’autrice-réalisatrice Camille Juzeau, qui co-dirige cette filière audio avec Chloé Tavitian.
Comment s’est initié la création de la branche StudioFact Audio ?
CJ - Quand le groupe StudioFact Média Group a été créé il y a un peu plus d’an, il y avait cette volonté d’avoir plusieurs branches différentes traitant aussi bien des fictions, de l’édition, du spectacle vivant et du podcast. L’idée était de faire rayonner les histoires sur plusieurs formats et d’avoir ainsi plusieurs accès aux histoires vraies.

Chloé Tavitian et Camille Juzeau. Photo de StudioFact Audio
Quelle est la ligne éditoriale ?
CJ - Tout comme celle de StudioFact depuis sa création, la ligne éditoriale de StudioFact Audio est de travailler les histoires du réel. Avec Chloé Tavitian, on a vraiment envie d’explorer l’extérieur, le terrain et être sur une couleur très stéréo, de faire entendre les voix du réel…
Comment se passe le travail avec les auteurs et les autrices ?
CJ - À la co-direction de cette branche audio, il y a moi et Chloé Tavitian. À deux, on forme une paire complémentaire. Chloé, elle, est davantage axée sur le développement et le business et moi je vais davantage apporter une couleur éditoriale. Mes compétences étant plutôt de l’ordre de l’écriture jusqu’à la production des sons et le développement concernant la diffusion. On fait beaucoup les choses à deux. Par rapport aux auteurs et autrices, on les accompagne dans leur projet. Il y a plusieurs types de projet. Il y a ceux que les auteur nous proposent, et dans ce cas on les accompagne pour développer leur histoire. C’est le cas, par exemple, du tout premier podcast qu’on sort, où l’auteur avait déjà son texte et on s’est interrogé ensemble quant à la manière d’en faire quelque chose de sonore. Puis, il y a des histoires dans lesquelles on croit et qu’on a envie de mettre en son. Dans ce cas là, on va aller chercher des auteurs. On s’interroge ensemble sur le format, les personnages et on va poser un cadre de production. Ça nous plaît bien parce qu’on a cette idée que chaque projet sera une œuvre avec sa propre couleur. C’est aussi pour ça qu’on a pas envie d’avoir le même réalisateur sur chaque projet et ainsi pouvoir explorer différentes formes en fonction de l’identité des auteurs et des sujets.
Travaillez-vous plutôt avec des auteurs confirmés ou donnez-vous leur chance à des auteurs émergents ?
CJ - On a très envie de donner leur chance à des auteurs émergents et on souhaite que cela fasse partie de notre ADN ! Quand on dit auteurs émergents, c’est-à-dire d’aller chercher des gens qui ne sont pas forcément du monde du podcast. On travaille bien-sûr avec certains qui en ont déjà fait mais il s’agit aussi de les déplacer. On a envie que, par projet, il y ait une équipe qui ait du sens. Par ailleurs, pour la réalisation, j’ai très envie de donner un axe de formation, qu’il y ait un aspect d’apprentissage, qu’on puisse tester des choses…
La toute première production StudioFact Audio vient de sortir. Comment en êtes-vous venues à travailler avec Sikou Niakate pour son projet Jour Noir ?
CJ - C’est Chloé Tavitian qui a rencontré Sikou Niakate sur le tournage d’un podcast. Lui, avait déjà tourné un film et avait le projet d’en refaire un. Il en a parlé à Chloé car il avait besoin de conseils pour la prise de son. Dans son projet, on remarque tout de suite une narration très belle, très littéraire. C’est d’ailleurs la force de ce projet et en même temps sa bizarrerie dans la production, car ce n’était pas évident de manier une narration qui n’a pas été écrite pour le podcast. C’est un projet très auteur, avec ses particularités, sa langue propre. Mais là où c’est très sonore compatible, c’est qu’il décrit beaucoup de situations qui se passent dans l’espace public. On a donc rencontré Sikou, il était partant pour cette idée de podcast et de mise en son de son histoire. Ce qui était à l’origine un simple dossier mp3 est devenu le projet de Jour Noir, où l’auteur se pose la question de la paternité et est convaincu que son hésitation à le devenir est liée à sa couleur de peau. On lui a donc donné un micro pendant un mois et demi, pour enregistrer sa vie. C’est intéressant car c’est un peu pensé comme une fiction. Par exemple, il y a une scène qui se déroule en terrasse donc Sikou s’est rendu dans un café. C’est évident qu’il ne va pas se passer la même chose que dans son récit, et on ne va pas forcer le réel, mais ça permet de faire un écho entre les deux et de donner une matière en relief. Le but est de donner une dimension documentaire à la fiction.