Le Cours de l’Histoire est une vénérable émission de France Culture présentée par Xavier Mauduit de 9h à 10h en semaine, qui contient désormais plusieurs centaines de numéros et fonctionne par séries. Elles ont toutes les thématiques envisageables : histoire d’une idéologie, d’un art, de la langue française, d’un pays, du rire, de l’écologie, des grands explorateurs, de notre relation à l’animal, des visionnaires… Nous nous concentrons aujourd’hui sur la collection “L’Histoire au Cinéma”.

Comme souvent dans cette émission, ce sont quatre épisodes d’une heure qui attendent les auditeurs. Y correspondent quatre périodes et leurs adaptations face caméra. Il y a l’Antiquité, avec les péplums, autrement dit d’interminables spectacles mettant en valeur la démesure (permise par les nouveautés du cinéma de l’époque) au lieu de la véracité historique, l’exemple frappant étant Ben Hur. Il y a aussi la Seconde Guerre Mondiale ; sans elle, bien des cinéastes auraient été à court d’inspiration… Elle est ici traitée sous le ton de la comédie, avec La Grande Vadrouille. Et il y ces gens qui bafouent sans honte la réalité pour réaliser leur popote, comme Disney qui réécrit l’histoire de Pocahontas (une gamine amérindienne mariée de force à un colon anglais de trois fois son âge) pour en faire un beau scénario bien guimauve, plein d’amour et de tolérance.

Des souris et des caméramen

Nous nous concentrons ci-dessous sur l’épisode numéro 2, consacré au Moyen-Âge, avec Le Nom de la Rose. Umberto Eco n’est pas le seul auteur italien à faire de la fiction historique (par exemple Marcello Simoni) et ils ont la réputation d’être plutôt fidèles à la réalité. Bien sûr, son personnage Guillaume de Baskerville est un clin d’œil à Sherlock Holmes, et il est étonnamment ouvert d’esprit pour un homme de l’époque - surtout un prêtre. Mais la vie d’un monastère y est décrite avec un réalisme difficile à mettre en doute. Quid alors de l’adaptation de Jean-Jacques Annaud, avec Sean Connery dans le rôle principal ?

Lutter contre les stéréotypes : une chasse aux sorcières ?

Les deux invités, un historien confirmé et un doctorant en histoire médiévale, nous confirment la volonté d’authenticité du cinéaste, qui a fait appel à de nombreux experts tout le long du tournage. Seulement voilà, comme la plupart d’entre nous, Annaud avait un cortège de clichés sur cette époque de fort obscurantisme religieux (1327, c’étaient les débuts de l’Inquisition) dont on ne sait pas grand-chose en dehors des écrits de moines, forcément partisans. Sans parler des attentes du public, qui coïncident aussi avec ces stéréotypes. L’entretien nous retrace donc la difficile balance entre réalisme et fiction à grand spectacle autour de ce film.

Rangez les épées, sortez les livres

En outre, contrairement à bien d’autres intrigues basées sur de bons chevaliers primaires et brutaux, nous avons là un scénario sans combat à l’épée impliquant des moines. Et Annaud a bien retranscrit les deux axes du roman : les conflits au sein du clergé (entre différents ordres, avant même la Réforme protestante) et la transmission du savoir, facilitée ou non. Le cinéma devient donc, même en livrant une vision un peu fantasmée, un outil pédagogique pour véhiculer auprès du grand public des événements et des idées différentes.