L’une des émissions-phares de France Culture, dont nous avons déjà parlé il y a de nombreux mois, est Toute une vie. Mais elle mérite qu’on y revienne. Il s’agit de portraits tracés par des mots seuls, à partir de textes et d’interviews d’experts, durant une heure. Ils sont isolés ou bien dans une “série” thématique.

Celle de ce jour est baptisée “Les mondes rêvés”. Cinq artistes à l’imagination fertile, chacun vivant plus aisément dans sa fiction que dans la morne réalité. Par exemple, le méconnu mais talentueux Raymond Roussel, poète et dramaturge français, grand spécialiste du message métatextuel grâce à différents niveaux d’information, des bouts-rimés ou encore des figures de style.

De la Terre à… autre chose

Roald Dahl, coqueluche des écoles anglaises (et hélas, depuis peu, censuré par la cancel culture et le wokisme), vous le connaissez sans doute par Charlie et la Chocolaterie ou Sacrées sorcières. Il défendait les faibles et les opprimés, fustigeait les rusés et les arrogants. Son imaginaire intégrait quelques éléments magiques (du “fantastique”) dans un monde tout gris. Et même ses nouvelles pour adultes ont souvent des connotations de fables.

A côté de cela, celui qu’on ne présente plus : J.R.R Tolkien. Amoureux du verbe, ce linguiste (père de plus de trente langues) a longuement étudié les grandes épopées médiévales et les sagas scandinaves pour tisser de bout en bout sa propre planète, avec dix millénaires d’histoire et ses aventures à base de Hobbits et d’anneaux (entre autres). Fondateur de toute une branche de littérature et de cinéma, il vous emmène - si vous arrivez à suivre sa plume très “riche” - dans une quête porteuse de nombreux messages humanistes.

Les génies torturés

Romancier et poète, Lewis Carroll est célèbre pour ce qui est une lettre d’amour au nonsens : Alice au pays des merveilles (et sa suite, De l’autre côté du miroir). Mais il composa aussi de nombreux poèmes absurdes, comme La chasse au Snark et Jabberwocky. Un vaste univers d’êtres étranges, à la fois drôles par leur aspect farfelu mais aussi dérangeants, qui chacun représente plus qu’il n’y paraît.

Enfin, unique peintre parmi ces quatre écrivains et surtout le seul pour lequel le diagnostic de “folie” ne fait aucun doute : Jérôme Bosch. Il réalisa de nombreuses toiles basées sur la religion chrétienne, peuplées d’objets ou de créatures grotesques mais ayant tous un sens secret. Décrypter un tableau de Bosch, c’est avoir l’esprit analytique de Sherlock Holmes en mettant bout à bout cent minuscules détails que le quidam ne voit pas.

Toute une vie : Les mondes rêvés sur France Culture