A l’occasion du deux centième anniversaire de sa naissance à Bordeaux, le musée d’Orsay organise une grande exposition sur l’œuvre de ce prodige de l’art français, jusqu’en janvier prochain. Et France Culture retrace son histoire hors du commun à partir de lettres et d’interviews d’experts dans un numéro de son émission Toute une vie.

C’était une virtuose, qui a dû lutter pour éclore dans l’adversité. Le XIXème siècle a été particulièrement rude pour les femmes, et aussi pour les artistes, alors une peintre partait avec un handicap. Son père était aussi peintre en amateur mais, trop naïf, s’est laissé prendre à une secte et les a condamnés à la misère, tandis que sa mère mettait de côté ses talents de dessinatrice pour nourrir la fratrie. Capable de produire vite et bien, Rosa a alterné entre ses compositions personnelles et les reproductions pour gagner sa vie, avant d’accéder à la reconnaissance.

Une personnalité de contrastes

Difficile de cerner cette fougueuse peintre à la personnalité double, aussi bien pragmatique qu’attirée par l’occulte. Autoritaire et d’une volonté inflexible, en butte contre son époque, elle fuguait déjà dans les rues de Bordeaux durant sa petite enfance. Elle s’habillait en homme mais incitait les femmes à rester “féminines”, elle ne voulait pas se marier mais demeura fidèle durant cinquante ans à son grand amour, elle désirait une vie simple et loin du gotha mais le fréquente lors de galas à Nice pour connaître la réussite, car elle seule pouvait lui apporter la liberté.

Dans cette optique de célébrité, elle a peint des scènes champêtres au lieu de ses portraits d’animaux (le Marché aux chevaux, le Labourage nivernais), mais toujours en mettant l’accent sur les bêtes, en réduisant les humains à des silhouettes génériques. Ses congénères la mettaient mal à l’aise tandis que les animaux l’acceptaient sans la juger. Elle était capable de voir, en chacun d’eux, une individualité (qui transparaît dans ses œuvres).

Le Roi de la Forêt

Le Colonel William F. Cody (Buffalo Bill)

Une peintre iconoclaste

L’art a toujours eu ses codes, dont les puristes n’aiment guère dévier. Loin d’un art antique qui synthétise plusieurs sujets pour créer l’être parfait, Rosa Bonheur aime les imperfections de ses modèles à quatre pattes et les met en avant. Quitte à se retrouver taxée d’un effroyable “excès de réalisme”. Et elle voit toujours grand, avec des formats normalement réservés aux scènes historiques ou religieuses pour ses tableaux “de genre” - c’est-à-dire jugés futiles, par rapport à l’Art majeur - ou naturalistes.

D’autres portraits

Toute une vie est un podcast hebdomadaire qui, une heure durant, revient sur les grands artistes engagés. Alice Néel, Roberto Rossellini, Fernand Léger, Audre Lorde, Lou Reed, Bertolt Brecht… Ouvrez vos oreilles pour des rencontres fascinantes.

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