A la façon des livres audio, de plus en plus de classiques sont enregistrés en podcasts. Dans de précédents articles du Pod, nous avions déjà exhumé des lectures de Harry Potter et du Silmarillion. Ici, nous avons un récit plus ancien encore, l’un des fondamentaux du genre imaginaire, né du cerveau passablement embrumé par les drogues d’un grand adepte du mysticisme nommé Bram Stoker. Et son chef d’œuvre désormais à portée d’oreilles : Dracula, une lecture de 2h 11 en cinq épisodes.
L’importance des origines
Nous avons tous une idée approximative de ce personnage, multiplement décliné au cinéma d’une génération à l’autre et avec plus ou moins de sérieux (parce qu’Hôtel Transylvanie, ce n’est pas vraiment une référence). Mais toutes les adaptations ont des failles et c’est pourquoi il est bénéfique, souvent, de lire - ou d’écouter - le texte initial. Par exemple, saviez-vous que Dracula ne restait pas terré dans son château des Carpates, mais qu’il était entrepreneur et (comme Stoker lui-même) un “homme du monde” fréquentant les galas des capitales européennes ? Pas nous ! Le podcast est donc un bon moyen de (re)découvrir les romans derrière les films.

Première édition de Dracula (1897)
Un roman charnière
Il y avait déjà eu quelques vampires en littérature, toujours des monstres sans la moindre once d’humanité (notamment Carmilla, un vrai démon lascif et cruel). Mais Dracula est le roman qui popularise ces créatures folkloriques, même s’il est longtemps regardé avec méfiance par les institutions. Stoker rend son “monstre” propre à la compassion, avec une délimitation toujours remise en question entre l’humanité et la bestialité, d’ailleurs les psychanalystes s’en empareront peu après pour leurs essais sur les pulsions et sur le complexe Eros/Thanatos.Enfin, Stoker invente ici le personnage type du “vampire romantique” qui, plus d’un siècle plus tard, explosera avec Twilight puis tous les pastiches qui ont envahi les rayons après cela, un véritable effet de mode d’un goût assez douteux (rappelons que, tout comme avec les loups-garous, les femmes séduites par les vampires sont d’abord hostiles mais finissent subjuguées par le charisme surnaturel de ces êtres “supérieurs”, donc le consentement est une notion à revoir en bit-lit).
L’adaptation RTBF
L’écriture du roman à la première personne (même si ce ne sont pas toujours les mêmes narrateurs) permet aux doubleurs de vivre pleinement ces rôles et de rendre le récit plus prenant. Ce qui est particulièrement important pour un roman d’aventure frisant avec l’épouvante. Le seul personnage qui rend un peu plus dubitatif, c’est le comte lui-même, affublé d’un épouvantable accent russe qu’il n’a jamais eu au cinéma - et, puisque c’est un immortel qui fait des affaires en Europe depuis des siècles, on peut supposer qu’il a eu le temps de le perdre.