Carnets d’un jeune Européen à Londres en temps de crise(s) Une mini-série en neuf épisodes Épisode III Home ! Sweet home ! Lorsque l’on découvre les prix des logements à Londres, la première question qui vient à l’esprit, c’est pourquoi ? Vaincue par la dure réalité de l’inflation, cette quête de sens cède rapidement sa place à une autre interrogation, plus pragmatique – comment ? –, cette dernière faisant écho, entre autres, à la disponibilité de moyens pour payer le loyer. Il paraît que tout grand accomplissement est né de questions existentielles. Vu le nombre d’interrogations soulevées par le marché londonien de l’immobilier, j’ai tout intérêt à me raccrocher à cet adage. Les deux questions susmentionnées sont généralement accompagnées d’expressions faciales, variables selon les tempéraments, qui visent à traduire extérieurement de grands moments de solitude intérieure. Lesdites expressions incluent notamment les yeux écarquillés, voire exorbités quand on apprend par exemple le montant de la caution exigée par le bailleur ; la bouche relativement entrouverte (rien de sensuel), une pâleur casperienne, des perles de sueur plus ou moins abondantes selon votre propension à la sudation, plus ou moins scintillantes selon votre position par rapport au soleil (mais ce dernier problème se pose rarement à Londres). Après moult recherches oculairement et buccalement ouvrantes, blêmissantes et sudatoires, je finis par opter pour une colocation dans une maison mitoyenne à deux étages. Celle-ci n’échappe pas à certaines normes de l’architecture britannique : goût de la symétrie, brique rougeoyante, absence de volets battants et fenêtres à guillotine (le comble du paradoxe pour un peuple dont la reine a encore toute sa tête). Covid oblige, je n’ai pas pu me rendre sur place pour visiter le logement, la visite s’est donc faite virtuellement, sur Zoom, environ deux mois avant mon emménagement. Bon. On va dire que l’on apprend de ses erreurs (le genre de propos moralisants qui agacent profondément et, surtout, qui ne vous transforment pas un taudis insalubre en château de Versailles). Pourtant, sur le papier – ou devrais-je plutôt dire sur l’écran – cette maison paraissait fonctionnelle et correctement tenue.
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